NIKO de TAGADA JONES

TAGADA JONES

Par Romain RICHEZ

On ne présente plus TAGADA JONES depuis bien longtemps, d’ailleurs on ne présente plus non plus les nombreuses sorties studios de l’étendard breton du punk et de l’alternatif français. Du coup, cela tombe sous le sens, naturellement on ne présente plus non plus son charismatique leader Niko. Alors bien évidemment, lorsqu’une bonne fée m’a proposé une interview avec ce grand (petit) Monsieur, ma langue n’a pas fait les sept tours recommandés avant de répondre par l’affirmative et le fan un peu trop attardé que je suis n’a pas attendu plus longtemps pour se réjouir ! C’est donc bien heureux (et pas moins impressionné) que je me rendis au Betizfest, quelques heures avant le show (la claque plutôt !) de TAGADA JONES, pour avoir le grand plaisir ou le grand honneur de rencontrer un Niko très sympathique et très bavard. Oui bien sûr, ma plume parait bien plus sure et affirmée que le jeune émerveillé qui s’est retrouvé face à une de ses idoles à Cambrai, mais la plume comme l’éternel rêveur en gardent un excellent souvenir. Bref, retour sur cette petit entrevue très sympathique !

Salut Niko, commençons, si tu le veux bien, par la question « gros melon » du jour. Ca fait quoi d’être une pointure dans son domaine, d’être une pointure de l’alternatif, du punk et un peu de toute la scène hexagonale ? On prend la grosse tête ou pas ?

Non, pour nous c’est sûr que non, on reste toujours les mêmes ! A vrai dire, on ne s’est jamais posé la question et nous n’avons même jamais pensé à nous la poser. Tout simplement car lorsque l’on a commencé à faire de la musique, nous écoutions des groupes alternatifs, undergrounds, qui nous ont, bien sûr, véhiculé tout un tas de valeurs. Lorsque nous avons commencé le groupe, nous avons repris ces valeurs, à savoir que nous nous sommes dit dès le départ que nous allions nous autogérer, rester dans l’underground, le DIY, créer notre propre structure de tournée, notre propre structure de production de disques plutôt que de nous vendre à des grosses maisons de disques. Et je pense que tout cela nous aide beaucoup à garder les pieds sur terre, nous gardons toujours en tête que nous ne sommes partis de rien, que TAGADA JONES est parti de rien. Il n’y a jamais eu de thunes mises sur le groupe, le seul argent qui est injecté dans TAGADA JONES est uniquement celui qui est généré par le groupe et, ce, depuis le début. Je compare souvent notre carrière à plein de petits cailloux que nous aurions ramassé avec le temps. Cela fait vingt trois que nous tournons, alors forcément, au bout de vingt trois ans, des petits cailloux, on en a plutôt pas mal ! A force de les assembler, d’essayer de modeler quelque chose avec, cela devient une petit colline et aujourd’hui, nous sommes sur notre petite colline. Cette petite colline qui fait que même de la vue lambda d’une personne, nous commençons à avoir une visibilité nationale voire internationale. Mais quoiqu’il en soit, si c’est le cas, nous y sommes parvenus tout en restant très alternatif, très underground, et surtout en restant nous même, et c’est de cela que nous sommes fiers. A aucun moment il n’y a une raison de prendre la grosse tête, tout simplement car, sur une petite colline ou non, TAGADA JONES est TAGADA JONES que ça plaise ou non. De toute façon, je pense que les gens qui prennent la grosse tête sont des cons et le pire c’est qu’ils finissent par s’en rendre compte puis quelques années après ils sont redescendus ou se sont cassé la gueule.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui certes, on se retrouve à faire beaucoup de têtes d’affiches, les groupes aux côtés desquels on joue sont quasiment tous des groupes signés sur major ou des énormes labels. Cependant, nous finalement notre vraie fierté au milieu de tout ça est d’avoir réussi à faire de même que ces groupes mais avec notre petite échelle « alternatif ». Nous restons des humains normaux, nous sommes exactement comme tout le monde. A partir de là, il n’y a aucune raison de changer !

Rappelons brièvement que TAGADA JONES c’est plus de vingt ans de carrière. Alors après la question melon, la question bateau du jour : il y a vingt ans, vous vous imaginiez ici vingt ans plus tard ?

Non ça c’est sûr que non aussi haha! TAGADA JONES est, comme qui dirait, un groupe de lycée, on a commencé à jouer d’abord pour déconner. Peu à peu, on s’est rendu compte qu’il y avait quand même des gens qui nous écoutaient, qui aimaient ce que l’on faisait. On a donc commencé à tourner plus régionalement puis nationalement pendant deux ou trois ans. A ce moment, on s’est dit que si on voulait s’éclater, faire des tournées c’était maintenant, et pas quand on aurait quarante balais, un métier etc. On a donc tous largué soit nos études, soit nos boulots pour se faire deux-trois ans de trip musical. C’était une idée folle, mais c’était ça notre passion pour la musique. La chance que l’on a eu, c’est que ce trip de deux-trois ans ne s’est jamais arrêté, il dure maintenant depuis plus de vingt ans ! Alors c’est sûr, à aucun moment nous nous sommes imaginés vivre de la musique, remplir des salles, vendre des disques etc. Au début, nous avons surtout vu TAGADA JONES comme un trip assez fun dont nous voulions profiter. Donc pour répondre clairement à la question, non bien sûr que non, nous n’aurions jamais imaginé ça, et aujourd’hui on ne va pas s’en plaindre !

Pour en venir directement à l’actualité, le nouvel album La Peste Et Le Choléra marque l’ « après vingt ans », pourtant TAGADA JONES semble avoir trouvé comme une seconde jeunesse. Alors c’est quoi le secret pour pondre un disque de la sorte, la crise de la quarantaine ?

Je ne sais pas, peut être bien ! Plus sérieusement, un peu avant l’album des vingt ans, Dissident, nous avons eu cette volonté de refaire un disque à l’ancienne, comme pour revenir à nos origines. En fait, lorsque nous avons commencé à jouer, comme tous les groupes, nous avions notre salle de répète dans laquelle nous composions et les morceaux étaient finis comme ça sans artifices. Ensuite avec le temps, l’évolution des home-studios, nous avons dérivé un peu jusqu’à faire de la pré-production, ce genre de choses. Dans nos albums suivants il y avait de plus en plus cette part de pré-production, ce qui allait parfois même jusqu’à la composition à l’ordinateur. Même si je pense que quasiment tous les groupes sont passés par là mais bon… Dissident fut vraiment le moment où nous nous sommes dit qu’il fallait revenir à l’ancienne et donc aller dans le local de répète, et refaire tout comme au bon vieux temps. Le tout, bien sûr, sous l’impulsion du moment et avec l’idée de garder les morceaux qui nous plaisent et de jeter les autres. Composer à l’ancienne, et en se fait plaisir. Rien de plus, rien de moins !

Du coup, l’élément déclencheur de cette « seconde » jeunesse, c’est un peu Dissident. Pour La Peste Et Le Choléra, nous avons gardé cette même envie d’authenticité. D’ailleurs, nous nous sommes rapidement rendu compte que les morceaux fonctionnent mieux ainsi, qu’il y a quelque chose de plus vrai, de plus sincère. En tout cas, c’est notre ressenti. TAGADA JONES ne fait pas une musique ayant besoin d’être produite, en revanche elle a besoin d’être sincère, percutante, énergique. Ce côté énergique ou sincère on le faisait très bien dans le local de répète, et pour nous, ce côté « authentique » est vraiment important. Et je pense que cela nous a aidé à refaire des morceaux plus en phase avec les gens, des titres qui touchent davantage les gens, notamment avec les paroles. Ce n’est un secret pour personne, TAGADA JONES a toujours été un groupe engagé. Notre terrain de prédilection est évidemment la défense de la liberté. Dès que cela touche aux libertés des gens, nous essayons de le mettre en musique. Quoi qu’il en soit, de façon générale, TAGADA JONES essaie de pointer du doigt les plus gros problèmes qu’il peut y avoir dans nos sociétés, et il y en a toujours eu plein. Evidemment, si un jour tout va bien, ce que je souhaite, on arrêtera avec TAGADA JONES, on fera autre chose, ce que je ne souhaite pas tellement en fait haha.

Plus sérieusement, notre message n’a jamais vraiment changé, je pense qu’il y a simplement des moments où tu es plus ou moins en phase avec les autres personnes et que de ce fait ton message est plus ou moins bien perçu. En vingt ans, TAGADA JONES n’a pas changé, je pense que c’est plutôt les gens qui se rendent compte que ce que nous disons depuis vingt ans n’est pas totalement faux. Au début, beaucoup disaient « ouais ceux là ils gueulent tout le temps, ils ne sont jamais contents », mais finalement tout ce qu’on a pu dénoncer s’avère vrai aujourd’hui. Je pense également que tout ça a aussi eu son rôle a joué dans la réception de cet album. Bref, nous n’avons pas vraiment changé, même pas du tout pour ainsi dire !

La Peste Et Le Choléra est d’ores et déjà encensé par la critique et les fans. Mais qu’est ce que La Peste Et Le Choléra représente pour TAGADA JONES, comment est ce que TAGADA JONES perçoit cet album ?

Comme beaucoup d’artistes je pense, une fois l’album fini, nous le vivons sur scène, et presque uniquement sur scène, nous ne le concevons plus comme un album. Pour être plus clair, lorsque nous faisons un album, que nous l’enregistrons et ainsi de suite, nous l’avons écouté des tonnes et des tonnes de fois jusque la fin du mixage. Ce qui fait qu’à la fin du mixage, nous ne l’écoutons presque plus jamais. Un album pour nous c’est surtout un outil pour faire de la scène. En ce sens, nous revivons chaque album titre par titre sur scène, c’est surtout comme ça que nous ressentons La Peste Et Le Choléra. Et le moins qui puisse être dit et que La Peste Et Le Choléra illustre parfaitement cette envie de scène, le fait que TAGADA JONES soit d’abord un groupe de live avant d’être un groupe de studio ! Nous nous rendons compte à chaque live que les gens sont super motivés, qu’ils nous rendent l’énergie que nous injectons dans nos concerts, mais avant de la rendre ils la multiplient sans doute par mille. Par exemple dès la date de sortie de ce nouvel album, des personnes connaissaient déjà les paroles par cœur ! C’est vraiment dingue cette relation avec le public en live, c’est pour ça que nous faisons de la musique ! Nous faisons de la musique pour la jouer en live, et pas directement pour un album. Donc on peut dire que concernant l’album en tant que tel, nous avons déjà tourné la page en quelque sorte.

Après, on se rend bien compte qu’il y a un engouement plus important sur ce disque que sur les autres. Avec La Peste Et Le Choléra, nous sommes entrés au Top50. Se dire que cela fait cinq semaines que nous sommes dans le Top, c’est incroyable pour un groupe comme nous ! Evidemment, se dire que ce que l’on fait plait au public, c’est quelque chose qui fait vraiment beaucoup de bien ! Forcément cela fait plaisir, c’est ce retour là qui nous fait plaisir.

Sinon pour parler de la perception du son du disque en lui-même, comme je le disais toute à l’heure, avec le temps nous avons appris à presque tout faire en indépendant. Nous n’avons pas envie de payer des fortunes incroyables pour aller enregistrer aux States avec un mec qui vaut de l’or et qui va nous faire un mix incroyable. Nous ne sommes pas dans ce monde là, on continue à le faire à la DIY pas trop cher et cela fait que le son de l’album se rapproche de plus en plus de ce que l’on imaginait au moment de la composition. Sur les albums précédents, nous avions pu être déçus du résultat, car le son pouvait ne pas être celui que l’on souhaitait. Plus le temps passe, plus le son se rapproche de ce que l’on voulait à la composition, et pour La Peste Et Le Choléra c’est complètement ça : l’énergie y est, tout y est. Et c’est ça qu’on voulait précisément, alors nous sommes fiers de cet album !

Un peu dans le même style de question, en quoi La Peste Et Le Choléra se démarque de Dissident, l’album des vingt ans ?

Déjà pour Dissident nous avons composé beaucoup plus de titres ! Nous voulions vingt titres pour l’album des vingt ans, et donc logiquement nous avions composé bien plus que vingt titres, il y en avait vingt neuf il me semble, donc nous nous y étions pris longtemps à l’avance. Sur Dissident, il y avait également de nombreuses collaborations, là sur La Peste Et Le Choléra nous avions choisi de ne pas en faire. Quoi qu’il en soit, la méthode de création et d’enregistrement a été la même pour ces deux albums.

En fait, on peut dire que la vraie grosse différence est que, contrairement à Dissident dont la création a prit pas mal de temps, La Peste Et Le Choléra a été fait dans l’ « urgence » du Bal des Enragés, et ça nous l’avions voulu ! Nous avions fait deux ans de tournée sur Dissident, puis neuf mois de Bal des Enragés. A ce moment nous nous sommes demandé ce que nous allions faire pour le prochain album, deux choix se présentaient à nous. D’un côté, nous avions le choix de se laisser quatre, cinq ou six mois pour composer et finalement le temps que l’album sorte, cela marquait une « interruption » de presque un an sans tourner. De l’autre, nous avions le choix de rester dans l’énergie du Bal et de faire un album un peu plus dans l’urgence. Et ça, nous ne l’avions jamais vraiment fait, alors nous avions pris ce pari là. Naturellement, pendant cette période, avec la tournée du Bal etc., il n’y avait pas vraiment de temps pour composer. Il fallait faire un peu de composition à gauche, un peu à droite, dès que nous avions cinq minutes, il fallait composer. Nous étions vachement pris par le Bal des Enragés et nous avions vu le temps du studio se rapprocher, donc pour être franc, nous avons commencé très tard à composer en fait. Nous avons vraiment commencé les répètes vers le mois de juin il me semble, et la grosse différence est là. Tout est sorti très instinctivement, tout comme l’état d’esprit du moment qui était « on compose, on garde ou non et tout ça sans chercher à trafiquer les morceaux ». D’ailleurs, nous avons composé beaucoup de titres au mois de septembre ! Pour montrer à quel point tout a été fait dans l’urgence, nous avions fait le dernier concert du Bal des Enragés le 24 octobre chez Narcisse, le 25 nous rentrions chez nous et le 26 en studio !

Je pense que cette situation a clairement aidé à avoir une certaine intensité dans notre album, il n’y a pas eu de chute entre les tournées et le studio, tout a été fait avec une bonne tension. Je pense que dans ce cas c’est pile ou face, soit tu te rates complètement et c’est trop tard ou soit tu arrives à sortir l’essence même de ce que tu as au fond de toi. Et pour le coup, je pense que c’est ce que nous avons réussi à faire, que nous avons réussi à sortir notre hargne intérieure, notre énergie ou encore notre rage. Si ça se trouve, dans quelques temps, avec le recul nous n’aurions peut être plus la même vision de La Peste Et Le Choléra, mais pour l’instant, c’est du TAGADA JONES qui fait le TAGADA JONES qu’il a eu envie de faire !

Justement, avec le recul et pour la jouer un peu pessimiste, y a-t-il des albums que tu vois peut être comme « moins bons » ?

Peut être Virus, et encore je n’en suis même pas sûr. Virus, car rappelons que nous sommes vraiment partis de rien avec TAGADA JONES. C’est dans TAGADA JONES que nous avons appris un peu à jouer, nous apprenions des trucs que l’on considérait comme « techniques » pour nous, à notre niveau. Aujourd’hui, cela nous fais même rire lorsque l’on se rend compte à quel point ces trucs nous paraissent simples, alors qu’à l’époque c’était un peu une révolution pour nous. Quoi qu’il en soit, ces trucs « techniques » nous avions envie de les mettre un peu partout dans nos compos, et là-dessus nous nous sommes un peu plantés. Sur Virus, c’est ce qu’il s’est passé, nous voulions en mettre trop et finalement quand je l’écoute, avec le recul, je me dis que ce n’est peut être pas très efficace ou qu’il ne fallait pas en mettre autant. S’il faut choisir, ce serait celui là et à cause de ça, c’est peut être le seul album, mais je ne le regrette pas du tout ! Cela a été une étape dans la vie de TAGADA donc je ne peux pas le regretter et d’ailleurs je ne le regrette absolument pas.

Pour en revenir à La Peste Et Le Choléra, comme tu le disais toute à l’heure, TAGADA JONES est avant tout un groupe à l’énergie live. La Peste Et Le Choléra est bien évidemment suivi d’une grosse tournée, notamment avec un passage au Hellfest. Mais avec neuf albums au compteur, c’est pas un peu compliqué d’élaborer les setlists ?

En effet, c’est compliqué ! Si tu veux, comme nous voulons jouer des morceaux récents, pas que des vieux titres, c’est toujours un peu compliqué, il faut trancher à un moment. Lorsque nous jouons en club pendant une heure et demie, nous arrivons à peu près à caser tout ce que nous voulons jouer. En revanche, là où cela se complique c’est sur les festivals où souvent nous ne jouons qu’une heure, comme par exemple ce soir. Là, il faut trancher forcément, alors nous essayons d’inverser les titres d’un festival à l’autre, ainsi nous ne jouons jamais les mêmes titres. Il y a une partie des titres qui reste c’est sûr, mais nous essayons de bouger un peu pour essayer de satisfaire tout le monde. Mais c’est sûr, plus il y a de titres, plus il y a de difficultés à trancher. Toutefois, je pense que nous faisons partie des rares groupes où tout va de mieux en mieux dans le temps et donc nous nous retrouvons à jouer les plus récentes au final. Je pense que le plus compliqué, c’est lorsque tu dois jouer uniquement des vieux titres. Quoi qu’il en soit, TAGADA JONES est et restera un groupe live, alors peu importe, ce qui fait vibrer c’est l’énergie du public !

Pour la question anecdotique, Dissident avait été suivi d’un live, le Live Dissident Tour. Est-ce que le nouvel album, La Peste Et Le Choléra, est appelé à suivre le même destin ?

En fait, on ne se pose pas vraiment la question, il y aura certainement un moment où on se dira « ouais et si on sortait un live ? C’est peut être le moment, non ?». A mon avis, il n’y a pas de raison pour qu’on ne le fasse pas, mais ce n’est pas prévu pour l’instant. Pour être franc, il n’y a jamais eu un moment où on s’est dit « tiens dans six mois on sort un live ». C’est sur l’instant du moment, ça se fait comme ça, un peu comme toute la carrière de TAGADA j’ai envie de dire. Pour Dissident et le Live Dissident Tour, tout s’est décidé sur le moment, rien n’avait été planifié. Alors non rien de prévu pour l’instant pour La Peste Et Le Choléra, mais disons que rien ne s’oppose à ce qu’on enregistre un live. Ca viendra certainement sur un coup de tête sur une des dates de la tournée !

D’ailleurs, concernant la tournée, plusieurs grands événements sont en cours pour TAGADA JONES, notamment un tour-bus avec Sick Of It All. Même après vingt ans de carrière, cela fait toujours autant d’effets de tourner en compagnie de ce genre de grands noms ?

Bien sûr ! C’est super, surtout quand la demande vient d’eux ! Nous avions déjà fais des dates avec eux en France il y a trois ans, sauf que cette fois, ce sont eux qui ont demandé à en refaire ! Donc c’est vraiment une invitation de Sick Of It All, ça flatte et bien sûr cela fait très plaisir. En plus, tout se passe super bien, ceux sont des mecs en or ! Nous sommes d’ailleurs déjà entrain de parler d’aller, pourquoi pas, jouer avec eux dans d’autres pays, ce qui serait pour nous l’idéal. Quoi qu’il en soit, pour n’importe quel groupe, c’est toujours génial ! D’ailleurs, tourner en tour-bus c’est toujours marrant, c’est intense, tu partages vraiment la vie du groupe avec lequel tu tournes et c’est très humain. Là, nous sommes dans l’intimité de Sick Of It All, c’est ça qui est super ! On peut même dire qu’avec le temps, les dates et tout le reste, ce sont devenus des potes. Ce n’est plus un groupe avec lequel on joue, ce sont des copains, et c’est vraiment une expérience fantastique !

Mis à part ça, on peut dire que TAGADA JONES s’exporte pas mal à l’international, par exemple une tournée est prévue aux USA, au Canada et en République Tchèque. Après avoir traversé pas mal de pays, avoir eu des putains de souvenir un peu partout, qu’est ce que tu attends de ces nouvelles contrées ?

Qui dit nouveaux pays dit nouvelles aventures et nouvelles rencontres avec des populations différentes. Pour moi, chaque endroit du globe est différent. Je trouve ce genre de tournées culturellement et humainement très enrichissantes. On ne s’attend pas à aller là bas et devenir les rois du pétrole qui n’en auraient plus rien à foutre. Nous y allons pour profiter du moment, peu importe par exemple l’affluence aux concerts. Aller dans des nouveaux endroits pour partager notre musique à de nouvelles têtes est quelque chose qui nous motive, c’est ça aussi la mentalité TAGADA JONES.

Quoi qu’il en soit, je pense que notre grosse particularité pour ces pays est que l’on chante en français. Par exemple, là nous avons plusieurs invitations des Etats Unis et d’Angleterre, d’ailleurs nous allons faire deux tournées en Angleterre cette année. A propos de la tournée anglaise, il y a eu tellement de demandes qu’il n’y avait pas assez de dates pour la tournée en août, du coup on y retourne en décembre ! Je trouve que c’est quand même assez particulier et révélateur. Cela montre quelque part que pour les Américains ou les Anglais, il n’y a aucun intérêt à voir des groupes français qui chantent en Anglais, qui les copient et qui font la même chose qu’eux. Du coup, pour eux, TAGADA c’est super exotique, on chante en Français hein. D’ailleurs, c’est assez drôle, par exemple aux Etat Unis ils ajoutent « from France » en dessous de TAGADA JONES. Je pense que chanter en Français aux Etats Unis ou en Angleterre pour notre style c’est assez rare. C’est-à-dire, que pour une fois c’est eux qui ne vont rien comprendre à ce qu’on raconte haha !

Toujours pour parler live, une tournée commune avec No One Is Innocent est également en cours. D’où a pu germer cette idée ? Et c’est quoi au juste, deux bandes de potes qui se retrouvent pour s’éclater ?

En fait, tout s’est fait relativement de façon très simple. Tout d’abord, quand nous nous sommes rencontrés avec Kemar, nous avons de suite sympathisé et humainement nous avons très vite accroché. Nous sommes tous les deux des groupes engagés et nous n’avions jamais fais de tournée commune, c’était quand même assez incroyable non ? Alors l’idée a germé là, ce jour là. Ensuite, on a tenté de faire ça aussi vite que l’on pouvait, et c’est tombé là au mois d’avril. No One, Lofofora, Parabellum, les Berruriers Noirs sont nos grands frères, nous avec TAGADA JONES, nous sommes de la génération juste après. Du coup jouer avec eux, c’est un peu comme jouer en famille avec nos grands frères ! On peut même dire avec No One que plus on joue ensemble, plus on se rend compte que cette collaboration est intéressante. Nous sommes deux groupes engagés avec à peu près les mêmes idées, le public s’y retrouve totalement à travers cette tournée, et nous, nous sommes ravis !

D’ailleurs, cette tournée « Du bruit dans l’hexagone » passera par Paris la veille du premier tour de l’élection présidentielle. Ca n’aurait pas des airs de campagne pour TAGADA JONES et No One Is Innocent ?

Nous sommes extrêmement politisés, ça c’est sûr en effet ! Nous sommes de gauche, mais maintenant nous ne nous retrouvons plus dans aucun parti. D’ailleurs, peut être qu’une partie du succès du moment de TAGADA JONES vient du fait que les jeunes se retrouvent peut être bien plus dans notre discours que dans celui des politiques. En plus, nous, notre discours nous ne l’avons pas changé, nous ne changeons pas notre fusil d’épaule tous les trois mois pour devenir plus populaires. Je pense que cela donne une certaine stabilité sur laquelle aujourd’hui les gens peuvent se reposer contrairement aux discours des politiques. Je trouve qu’aujourd’hui il n’y a que de l’individualité dans les politiques, et même les gens de gauche ne sont même plus capables de se mettre ensemble. Un exemple tout con c’est celui d’Hamon, tout le monde lui a chié dessus, et bien il n’a qu’à monter un nouveau parti avec Mélenchon, ils étaient tous les deux des frondeurs alors pourquoi pas. Mais non, ils sont tellement individualistes que non, ils ne sont pas capables de se mettre d’accord pour le bien être collectif, je trouve que ça en dit long, beaucoup trop long… Que les mecs de droite fassent ça, ça ne m’étonne pas, mais que les mecs de gauche en arrivent là… Je trouve qu’il y a un vrai problème, et aujourd’hui TAGADA JONES essaie de prêcher ce que nous estimons être la bonne parole. Alors le faire au moment des élections c’est super, en plus il y a une vraie répercussion, beaucoup de gens s’y retrouvent. On nous dit souvent, via les réseaux sociaux, à la fin des concerts etc., que notre message est exactement ce que nos fans ressentent. Alors nous poursuivons notre lutte, notre « campagne », nous essayons de montrer que les gens ne sont pas tous seuls.

Toujours sur la politique, que pense de TAGADA JONES de cette tendance qu’a le monde à se « droitiser » ? Une nouvelle raison de revendiquer encore plus fort ses idées ?

Y a de cela en effet ! Revendiquer c’est bien sûr ce que l’on a fait sur ce nouvel album, mais pas que. A la base, nous avions trouvé le titre, La Peste Et Le Choléra, mais nous hésitions longuement entre faire un morceau sur la politique ou faire un morceau sur la Syrie. Finalement, nous avons choisis la Syrie car tout le monde allait sans doute penser que nous allions faire un titre sur la politique, haha ! Mais cela montre bien qu’il y avait déjà (et toujours) cette idée de politique et de droitisation dans nos têtes lors de l’enregistrement. A cette période, on se disait que c’était déjà foutu et que le second tour des présidentielles serait sans surprise Fillon / Le Pen, c’est aussi ça La Peste Et Le Choléra. Aujourd’hui, on essaie de nous faire croire qu’il faut rajouter Macron dans la balance, mais c’est à peu près pareil. Sois disant c’est un mec qui vient de la gauche mais le type est super libéral… Nous, nous sommes contre cela, contre l’ultra capitalisme etc., ce sont des choses sur lesquelles nous avons toujours mis le doigt, sur cette espèce de capitalisme « sauvage » etc. Alors quand nous avons choisi le titre, nous nous sommes dit que l’actualité politique était vraiment un gros problème. Est-ce qu’on va aller voter ? Est-ce que les gens vont aller voter ? Je pense que beaucoup de personnes n’ont plus l’envie d’aller voter car elles ne se retrouvent plus dans les politiques, elles sont un peu perdues, alors au final elles finissent par voter pour le moins pire. D’ailleurs aujourd’hui, je me pose encore la question de savoir pour qui je vais voter… Donc oui le monde se droitise, l’Europe se droitise, mais après il y a aussi des passages optimistes. Par exemple, en Espagne, les espagnols ont essayé une droite très dure puis ils sont revenus à des choses très sociales, cela montre bien que l’extrême droite n’est pas la solution qui redressera les choses. En fait, peut être que ce qui finira par arriver dans tous les pays est cette idée du peuple qui reprend un peu la main sur la politique…

Alors comme je suis d’une nature plutôt optimiste, je dirais que les gens se cherchent. D’ailleurs cela explique plutôt bien certaines facettes de La Peste Et Le Choléra, notamment son « Mort Aux Cons ». Quoi qu’il en soit, tout ce que cet album véhicule, tout ce que cet album clame ou revendique, tout est déjà pensé tout bas par pas mal de personnes, TAGADA JONES le pense également et surtout TAGADA JONES le crie tout haut. En ce sens, on pourrait dire que La Peste Et Le Choléra est l’état d’esprit actuel de TAGADA JONES. Si on prend l’exemple de « Mort Aux Cons », qui se demande pourquoi l’extrême droite est aussi forte en France, c’est parce que l’extrême gauche vote pour eux aujourd’hui ou dit qu’elle va voter pour eux, c’est le point de vue de TAGADA JONES sur la question. Certes, certains diront qu’il y a un petit côté provocation dans La Peste Et Le Choléra, mais ce nouvel album reflète surtout la réalité. Il est temps de se réveiller, parce que le jour où des extrémistes vont arriver au pouvoir, il sera trop tard et rien ne changera, bien au contraire. Donc avec TAGADA JONES on essaie de réagir à notre façon, on pousse nos cris et nos révoltes en espérant que cela puisse changer les choses…

Pour amorcer la fin de notre petite entrevue, ma foi très sympathique, ce soir nous sommes à Cambrai et plus précisément au Palais des Grottes. La question est donc simple, est ce que le Betizfest a une valeur symbolique pour TAGADA ?

Oui évidemment ! Le Betizfest est un festival qui existe depuis longtemps, mais surtout c’est un festival qui nous fait jouer depuis le début. Et cette aide, le fait de nous avoir fait jouer depuis le début, c’est quelque chose qui reste gravé dans nos mémoires, quelque chose que nous n’oublions pas et que nous ne sommes pas près d’oublier. Alors, on peut dire qu’aujourd’hui TAGADA JONES essaie de rendre la pareille. Aujourd’hui, beaucoup plus de monde demande à nous faire jouer, mais nous donnons toujours la priorité aux personnes qui nous ont toujours défendu, c’est notre façon de remercier ces personnes, et notamment le Betizfest. Quand nous étions « petits », ils n’ont pas hésité à nous faire jouer, à l’époque, c’était un sacré coup de pouce pour nous de pouvoir se produire devant davantage de monde grâce au Betizfest. Donc si aujourd’hui nous pouvons rendre la pareille, nous le faisons avec plaisir. Défendre les festivals, l’alternatif et les passionnés, c’est important pour nous. Quoi qu’il en soit, nous n’oublions pas, et c’est toujours un plaisir de venir jouer à Cambrai !

Sur ces belles paroles, ça fait quoi d’être interviewer par un gars moins âgé que la carrière du groupe ?

Haha ben écoute c’est bien et je trouve que les questions étaient intéressantes ! C’est cool et surtout ça montre qu’il y a des gens qui reprennent le flambeau. Il est bon de rappeler qu’au départ, si TAGADA a réussi à sortir son épingle du jeu, c’est avec les petites interviews que l’on faisait, les fanzines, les magazines papier etc. Si tout ça n’existerait pas, s’il n’y avait pas de jeunes pour faire des interviews et se casser le cul à relayer l’information des groupes alternatifs, nous n’en serions jamais là non plus. Alors naturellement, c’est bien de voir la relève, de savoir que ce travail d’information est assuré de continuer, car c’est un sacré coup de main. Et c’est bien sympa aussi de pouvoir côtoyer la relève !

Haha mais ma plume est entièrement au service de notre belle scène et de notre musique, et le sera toujours ! Quoi qu’il puisse en être, un dernier mot pour la fin ?

On est super contents de jouer dans votre belle région ! Comme tout le monde le sait, il y a des affinités fortes entre la Bretagne et le Nord, notamment l’alcool haha. Quoi qu’il en soit, à chaque fois les concerts se passent extrêmement bien et nous sommes très contents d’être chez vous. Le public est toujours réceptif et survolté, alors ce n’est que du plaisir. Et bien évidemment pour clôturer l’interview, merci à toi camarade !

Et c’est à peine cette dernière réponse donnée que le « sérieux » du rédacteur laissa de nouveau place au fan ravi qui s’empressa de demander une petite photo souvenir ainsi qu’une ou deux dédicaces sur un ou deux albums. Quoi qu’il en soit, Niko reflète à merveille l’esprit TAGADA JONES : une grande sympathie, la simplicité du punk, mais surtout un amour enragé et inconditionnel de la musique ! Alors ami lecteur, que tu sois brezhoneger ou divrezhonek : kenavo !

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