Interview de MOONE

MOONE

SAMEDI 10 FEVRIER – Villeneuve-d’Ascq [59] Ferme Dupire

par aSk

Crédits photos : scène > Fanny Dujardin / Moone guitare > Carole Lecomte / pochette > Ondine Roubinet

Suite du portrait qui lui a été consacré dans le ILLICO!#28 (déc.2017/janv.2018) : entre pop onirique et réponses tranchées, rencontre avec MOONE, une artiste lilloise qui aime à donner de la voix, en toute générosité.

Depuis quand concrètement le projet MOONE existe-t-il ? Qui t’entoure, des musicien(ne)s, une équipe technique, une structure ? Des résidences ont-elles aidé à mettre en place ce projet ?
Le projet MOONE existe concrètement depuis 2014. J’ai fait un travail de mise en forme de la matière accumulée au fil des années et me suis mise à jouer mes chansons guitare/voix pour les tester et rencontrer les musiciens avec qui je joue aujourd’hui. D’abord Patrick Cereghetti à la contrebasse, un roc ! Il est là depuis quasi le début. A deux nous avons beaucoup joué dans les cafés-concerts et soirées privées entre 2014 et 2015, à la fois en région, hors région, mais aussi à l’international : en Italie (La Ménagère, Paszcowski à Florence) et en Irlande (Barry’s Music Venue à Sligo, Chasing Bull à Bundoran), l’intérêt étant, en plus d’étendre son réseau, de tester la force des mélodies sur des publics ne comprenant pas la langue dans laquelle sont écrites les chansons.

Le premier jet de Sortilège  a été mis en place sur scène, lors d’une résidence au « Trait d’Union » (Maison Folie de Mons-en-Baroeul) en février 2015. Dès le début, j’ai invité des amis musiciens à partager ces moments de live, c’est ainsi que j’ai rencontré Christian Cadoret, musicien brillant et éclectique qui est aux saxophones, flûte traversière et accordéon. De fil en aiguille, de concerts en concerts, David Bausseron à la guitare électrique nous a rejoints, un univers à lui tout seul ! puis Nicolas Chachignot à la batterie, tout en finesse et énergie.

Mille et Une Lunes est la structure associative sur laquelle s’appuie le projet MOONE. En septembre 2017, j’ai pu peaufiner Sortilège By Moone qui est un spectacle à destination des petites salles, théâtres de moins de 300 places, lors d’une résidence à l’Espace François Mitterrand de Bully, dont deux vidéos ont été extraites (visibles sur ma chaîne Youtube, la page Facebook ou le site www.moone.fr). Cette résidence nous a permis de consolider le spectacle en faisant un travail plus approfondi autour de la mise en scène, du décor de scène et des lumières. J’ai bénéficié, pour ce faire, de l’expérience de l’équipe technique de l’EFM, que je remercie. Pour ce qui est de l’équipe technique qui travaille sur le projet MOONE, elle dépend des disponibilités de chacun ! J’aime travailler avec Andy Robbins (avec qui nous avons fait Le Réservoir à Paris) pour le son, et Caroline Carliez pour la lumière (elle était à la console au CCA LE MILLENAIRE à La Madeleine)

As-tu fait partie d’autres groupes par le passé ?
Hadès, premier groupe de métal, mes premières scènes à l’âge de 19 ans (Le Denier à Lomme, La MJC de St André…) ; La Dernière Minute, groupe de rock progressif, funk, reggae avec lequel j’ai beaucoup tourné en France et en Belgique, j’ai écrit mes premières chansons sur la route, à l’arrière de voitures ou de camions… Puis j’ai attaqué mon travail de création personnel en tant qu’auteure-compositrice, Izao : mon premier Ep 5 titres que je n’ai pas joué sur scène…

Christelle B. et le Collectif en Cours : Ep 6 titres, et spectacles avec un collectif d’artistes numériques (Pascal Messelier à la guitare midi, DJ ABCE aux platines et deux VDJs : Julien A. et Julien Z.) nous avons joué dans de très beaux lieux comme Le Florida à Agen ou Les Arcades à Faches-Thumesnil. J’écrivais la musique à l’aide d’un logiciel MAO et la balançais sur scène ; je chantais évidemment ! D’ailleurs certaines chansons de Sortilège sont nées à ce moment-là (Indian Prophecy, Invisible…).

Quel est ton rapport à la musique, à l’écriture, à la voix ? Quel est ton parcours/formation ?
Je ne peux pas dire quand j’ai commencé à chanter, j’ai l’impression d’avoir toujours chanté ! Quand j’étais gamine, j’absorbais toutes les chansons que j’aimais et les chantais. Ce qui est cool avec le chant, c’est que tu n’as pas besoin d’acheter un instrument : tu es l’instrument, donc il est toujours à portée. Je n’ai jamais pris de cours, l’écoute et l’expérimentation sont mes maîtres !

Pour ce qui est de l’écriture, dès ma préadolescence, j’écrivais énormément de poèmes, de phrases isolées, j’aimais agencer les mots et les sonorités… ça m’a toujours fascinée l’idée que nous avons tous les mêmes mots à disposition et que leur combinaison soit infinie… Quand j’écris, j’aime mêler la rêverie, l’allégorie au fantastique et au merveilleux (Fétu de Paille, Pérégrine…), j’utilise aussi beaucoup l’écriture automatique pour poser les bases d’un texte. J’écris aussi des chansons plus terre-à-terre en général, celles-là sont plutôt revendicatives (“La Spirale”, “Je Marche”). Les textes en anglais, quant à eux, sont souvent beaucoup plus personnels ; le choix de cette langue qui n’est pas ma langue maternelle me permet de garder une certaine distance affective avec eux, sans cette distance je ne pourrais pas les chanter mais certains textes ont besoin d’être écrits, d’être dits. Ils agissent sur moi comme une thérapie !

Quelles sont tes influences, et la première partie que tu rêves de faire un jour ?
Je dis toujours que mes influences artistiques sont plutôt de la littérature et de la peinture, dans le genre fauviste mais aussi surréaliste qui est mon genre préféré : Raymond Queneau, Boris Vian, Paul Delvaux, Marc Chagall, Henri Matisse… Pour la musique : David Bowie, Alain Bashung, Rickie Lee Jones, Keziah Jones, Claire Diterzi, Jeff Buckley, Mulatu Astatke, Arno, Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Gérard Manset… J’aime les artistes dont l’œuvre a un caractère unique et bien trempé ! Une première partie rêvée ? Keziah Jones, Claire Diterzi, Brigitte Fontaine, Jacques Higelin…

Pourquoi « Moone » au fait ? C’est un pseudo au-delà de ton projet musical ?
Oui, MOONE est mon pseudonyme. A mon retour de Nouvelle Calédonie (où j’ai passé plus d’une année), ma fille étant restée sur « le caillou » (comme ils l’appellent là-bas), je me sentais seule car elle n’était pas là pour m’appeler « moune ». Alors j’ai choisi ce pseudo et du coup, tout le monde m’appelait ainsi et je me sentais moins seule. Je pourrais aussi te parler de la symbolique féminine qui y est attachée et qui nous vient du fond des âges, elle est également le symbole du rêve et de l’inconscient, ce qui est le terrain sur lequel je m’appuie pour l’univers de MOONE (c’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi une orthographe proche du mot moon). Par exemple le décor de scène est le fruit d’un rêve que j’ai fait une nuit : je me baladais sur une place, il faisait nuit, il y avait beaucoup de monde et au milieu de cette place une tzigane dansait, il n’y avait rien qu’elle, qu’un tapis persan au sol, un guitariste en retrait, mais ce spectacle était magique, envoûtant… Dans mon rêve, je me disais que ce tapis symbolisait l’espace de la magie qui émanait de chacun de ses gestes, de sa présence…

En tant que nana, quel est ton regard en tant que musicienne/interprète/auteure sur le milieu de la zic ? est-ce un atout ou un frein selon toi ? Revendiques-tu quelque chose de cet ordre-là dans ton projet, ou pas du tout ?
Question très intéressante, merci de la poser. J’ai beaucoup aimé le livre de Nancy Huston qui s’appelle Le Journal de la création, il m’a fait m’interroger sur une question que je ne m’étais jamais posée avant, qui est « en tant que femme, ai-je une légitimité à créer ? ». Pour moi, il a toujours été évident que oui, sans même me poser la question ! Comment ça, sous prétexte qu’une femme est une femme et que son terrain de création serait (uniquement) l’enfantement, elle n’aurait pas de légitimité à créer ? Cela ne me semble pas être une pensée de notre siècle ! Aujourd’hui et ici, nous avons la chance d’avoir beaucoup de modèles féminins dans toutes les sphères de la société. A nous de continuer à créer des modèles de femme, ils donnent les outils, la force pour ne laisser personne nous dire qui nous sommes ou nous contraindre à faire ce que nous ne voulons pas. Ma militance à moi, c’est d’être qui je suis sans aucune limite que je ne me sois imposée moi-même. Je ne supporte pas le sexisme, et bien évidemment cela est valable pour toutes les formes de préjugés quels qu’ils soient.

Dans le milieu de la zic (comme dans le monde du travail en général), il faut bien avouer que parfois, il est très désagréable de rencontrer un homme (plus nombreux, dans notre milieu en tous cas) dont on sent bien qu’il aimerait pouvoir nous réduire à la fonction de « jolie plante qui ramène pas trop sa fraise ! », ceux-là ne font pas 30 secondes dans mon univers, je les fais fuir sans rien faire ou presque ! En ce qui concerne la compétence, puisqu’il s’agit de ça, je reste qui je suis et je dis « Venez voir MOONE sur scène ! ». J’aime les gens qui se font une opinion par eux-mêmes plutôt que d’accepter les préjugés et les idées toutes faites.

Y a-t-il des groupes/artistes de la région dont tu te sens proche ?
Oui, on ne se connait pas du tout mais j’aime beaucoup l’univers de Laïna Shanties (duo dunkerquois) et, dans un registre tout à fait différent, From&Ziel pour l’interprétation et les textes, la présence sur scène.

Comment qualifierais-tu ta musique ? Les disquaires doivent ranger ton CD dans quel bac ?
Chanson world. Sortilège By Moone est un univers singulier, surprenant, envoûtant, poétique, sombre et solaire, doux et rugueux à la fois… Ma musique est teintée de diverses influences entre groovy-soul, balade poétique et reggae-jazzy, elle prend parfois les couleurs de la transe, ou se fait légère, solaire, comme fraîchement débarquée d’une île lointaine… Il me semble qu’elle s’adresse au corps et aussi à l’esprit, elle plonge le spectateur dans la contemplation d’une peinture qui serait sonore.

Où et quand sera-t-il possible de (re)voir ton travail sur scène ?
Le dimanche 21 Janvier 2018 à 18h, nous jouons au Bistro de St So. Le samedi 10 Février : « Sortilège By Moone » à la Ferme Dupire à Villeneuve-d’Ascq. « Moone dans un autre état », ce sera le samedi 7 Avril à l’église Saint-Louis à Tourcoing. Une mini tournée est prévue dans le comté de Sligo (Irlande) en mai, et plusieurs dates à préciser pour cet été du côté de Marciac (Montesquiou, Simorre, Miélan). Nous travaillons en ce moment sur le booking d’été, puis viendra celui de la saison 2018-2019.

Côté sorties, d’autres choses existent hormis ton EP Anachronique ? Et où en es-tu avec l’album Sortilège ?
Plusieurs EP par le passé, en tant qu’auteure-compositrice et interprète :
IZAO : 5 titres 2000 (seule)
CHRISTELLE B. : 6 titres, 2002 (avec le Collectif en Cours, collectif d’arts numériques)
ZARB’ : 6 titres 2004 (avec Pascal Messelier (guitare midi, fabrication d’instruments midi et DJ ABCE aux platines)
Et pour le projet MOONE, oui un seul EP pour le moment (L’EP Anachronique – 5 titres, fév. 2016 – et chroniqué par nos soins dans ILLICO! #25/septembre 2017 – ndlr), toujours disponible à la vente sur diverses plateformes. L’album Sortilège devrait être enregistré en fin d’année 2018, après avoir été beaucoup joué en public, c’est ainsi que j’ai envie de le « fabriquer ». Il comportera 11 titres extraits de Sortilège By Moone qui lui en comporte 16. En attendant, un single du titre “Power & Glory” sera pressé dans le courant du 1er trimestre 2018… A suivre !

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