RODOLPHE BURGER

RODOLPHE BURGER

Par aSk

VENDREDI 30 MARS A Leval [59] au Manège

Bêtement, on s’est dit qu’on y allait juste comme ça, saisir cette occasion à deux pas, pour voir, un peu en novice, alors qu’au fond Kat Onoma ça tournait dans notre baladeur K7, et même qu’on en passait sur les ondes à la radio, dans l’émission bricolée chaque semaine dans notre cuisine associative. Ça nous revient en route dans la bagnole embuée. « Idiotic », « Cupid » et autant de vidéo-clips aux cadrages incongrus, diffusés lors des fameuses « Nuits pop-rock » sur la sixième chaîne et capturés via cette machine désormais obsolète qu’est un magnétoscope… Alors novice, novice, non pas tant que ça en fait.

Outre la chandelle tenue pour le couple Bashung-Mons et leurs bidouilles de boudoir, on se souvient également avoir entendu quelques riffs made in Burger parsemer l’inventivité folle de Michel Laubu avec son Turak Théâtre. Du ludique au pédagogique : car il y a eu ce petit bouquin aussi, paru il y a quelques années, entre essai, (auto)analyse guitaristique et conversation lumineuse avec le jeune public (Rodolphe Burger, Avec la guitare, Bayard Éditions, « Les Petites conférences », Montrouge, 2013). L’occasion sur le stand d’acquérir ce précieux témoignage en format poche.

Puis le moment du live est arrivé, et voilà que GOOD nous a rattrapés tel un boomerang sacré, auréolé et ceint d’or. Le mot « gold » qui surgit en filigrane, comme un lapsus tentant mais pas tenté, laissé à d’autres. Une claque divine et une pochette en format vinyle qui promet d’être d’anthologie. NO VICE ça oui, aucun vice caché, le show n’était pas truqué, ça on peut le confirmer.

Ce vendredi 8 décembre 2017 au Pharos fera date, tant nous fûmes médusés par la leçon de cet ancien prof. En bête de scène subtile, RODOLPHE BURGER a dompté l’arène de sa maturité, loin des postures m’as-tu-vu. Le background blues et le Sturm und Drang en bandoulière, c’est un matou des recoins obscurs que nous avons vu dans la lumière ce soir-là, avec toujours cette manière de haranguer sans crier gare. Outsider magnifique, Billy the Kid version pas gaucher. Loin d’être absconse, la parole est limpide, certes elliptique – mais vive les textes à trous pour pouvoir s’y immiscer, donner la réplique en secret. Emmental mental et volutes volubiles (et maudits soient ceux qui ont osé partir quelques instants pour fumer). Le flot est feutré sans être avare, feulé sans être avarié. « Ça ne vous dit rien, ça ne vous rappelle rien… ? »

Monde animal animé d’un feu que l’on croyait réservé aux fins connaisseurs. Mais l’incandescence ne choisit pas sa cible, de l’émetteur au récepteur, être auditeur et témoin de cette radioactivité-là, lui qui recycle joyeusement Kraftwerk ou le Velvet jusqu’à s’en approprier la substantifique et mirifique moelle (quand d’autres reprennent littéralement et sans surprise). De l’art de la cover qui dissimule à peine une tendance à l’hyperactivité via « Dernière Bande » (du nom de la première mouture de Kat Onoma) qui, outre le label, comprend désormais boutique et studio. Et toujours l’organisation du festival « C’est dans la vallée » à Sainte-Marie-aux-Mines, la ville natale.

RODOLPHE BURGER a l’élégance éclectique et magnétique d’un Mark Van Hoen, même magie occulte pour un nouveau tour de piste sur son circus déglingué, trip-hop rongé jusqu’à l’os, ritournelles et réminiscences, samples aux allures freaks et spectres d’autres voix, celles de Samuel Beckett ou de Dean Martin. En ce sens, le format vinyle était une belle évidence, un support indispensable. Entouré de ses fidèles comparses Sarah Murcia et Christophe Calpini (qui a également participé à l’élaboration de cet album), Burger peut tranquillement asséner ses sérénades cold, sans lâcher un mot entre les morceaux, liant sous-entendu et communication autre, pour une communion indicible, invisible. Ainsi reliés, c’est une étrange expérience partagée, à la fois religiosité et préciosité en suspension. De la fosse à l’homme (r)usé qui use de tous les charmes, aucun fossé entre nous.

La prosodie coule de source et de source sûre, entre soif d’absolu et d’absolution (quand tout le monde espère secrètement la rédemption d’une autre figure du « rock-français-so-90’s », bref pas la peine de dire laquelle – mais peine perdue) ; une épiphanie quand tout est soi-disant fané, un épi d’or qui aide à trouver le sommeil (à l’instar de l’indispensable Bright Red de Laurie Anderson). Quand la voix est au-dessus de tout, sans effort, bien loin des pantins de sa génération avec leurs tours de chant pour le blé. Sous influence calviniste, explorer une nouvelle fois le fait religieux : GOOD tel un trophée piétiné, un signe extérieur de sécheresse, de vieillesse (mieux vaut en rire), une monarchie qu’on croyait définitivement révolue mais qui rôde peut-être encore dans les parages, moribonde. Des rois à la chaîne qui n’ont rien changé en or. Sceptre sépulcral confié à des mains invisibles, lynchéennes (n’est-ce pas le fantôme de Laura Palmer convoqué dans le clip de Happy Hour… ?).

Face à pareil constat, le troubadour feint le déchaînement de rigueur et fait rugir les guitares, toujours à (la bonne) distance. Rockeur brechtien qui pointe du doigt, l’air de rien, les biens que l’on produit et qu’on délaisse, entre gaspillages intempestifs et exemplarité de circonstance, s’en réjouir et s’autocongratuler. Good ! Se rassurer et mentir, à soi, à l’Autre. Se convaincre que tout va bien quand tout va de travers. Oser, oser, jusqu’à la nausée. Travestir le deuil, l’absence, le manque. RODOLPHE BURGER a la politesse de l’optimisme dans la forme, quand le fond ne cesse de sonder les abysses de notre inexorable condition (et « Que sera votre vie » constituait déjà l’indispensable question). Pas prêt d’arrondir les angles pour autant. Telle une chasse au trésor, GOOD est une récompense qui se mérite, une énigme de plus dans le puzzle de l’Alsacien. Un mille pièces mille-feuille qui vire au Couscous Clan d’avec son compère de longue date Rachid Taha. Un festin sans faim qui a fait escale au Channel en février dernier. Espérons que d’autres dates par ici suivront…

One thought on “RODOLPHE BURGER

  1. Concert ce vendredi à Leval petite salle peu de gens mais quelle présence quel groove tout y était parfait
    Pour ce concert “intime “

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