« L’Interview De » DAGEIST

« L’Interview De » DAGEIST

En concert VENDREDI 24 NOVEMBRE à Lille [59] Aéronef

Par Romain RICHEZ

Prononcé « Da – gai – stt », DAGEIST est un duo cold-dark wave bien de chez nous qui n’en fini plus de séduire des oreilles hors régions, mais surtout hors hexagone en se payant le luxe de tournées passant par l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne et par chez nos cousins Belges. Bien évidemment, à tendances fortement gothique, le son de DAGEIST, bien qu’entrainant, est sombre et mélancolique. D’ailleurs, il faut dire qu’en vouant un culte au noir, aux chandeliers, au noir et encore au noir, l’univers allait évidemment rapidement tourner court et n’arborer presque que du noir. « Presque » car bien que sombre, les DAGEIST n’en sont pas pour autant des dépressifs. En revanche, ils sont plutôt gais (ou « geis » comme DAGEIST) et sont les premiers sous le charme de tout ce qui peut leur arriver. Alors fruit du succès, rançon de la gloire ou revers du talent ? Et bien, peu importe, puisque DAGEIST reste DAGEIST et le restera toujours. Autant dire une sacrée philosophie de vie musicale que nous détaille Frederic Strzelczyck, le bassiste de la formation.

Tout d’abord le nom « DAGEIST », c’est pour emmerder tous ceux amenés à prononcer le nom du groupe ?

Frederic : Non pas spécialement ! (Rires) Nous recherchions quelque chose qui résonnait assez allemand. Ce qui relativement anecdotique puisque beaucoup de formations en Allemagne cherchent des noms à sonorités françaises. Quoi qu’il en soit, le mot « geist » nous plaisait. C’est un mot qui signifie « l’esprit », « le fantôme » et qui donc représentait bien notre musique. Pour être tout à fait juste, en allemand « geist » se dit « der geist ». Mais nous trouvions plus joli de mettre « das geist » puis nous avons supprimé le « s », ce qui donne « Dageist ».

S’il fallait décrire musicalement DAGEIST, qu’est-ce que l’Histoire avec un grand « H » écrirait ?

Je pense qu’il faudrait indiquer que Davide et moi avons chacun notre univers mais nous nous rejoignons sur pas mal de points communs au niveau culture musicale. En cela, DAGEIST tourne pas mal autour de tout ce qui est dark wave, cold wave. D’ailleurs parmi nos influences, nous pouvons citer The Cure, Joy Division, Depeche Mode, Trisomie 21, New Order ou encore Siouxsie And The Banshees.

Et justement de la wave en 2017, c’est plutôt étonnant, non ?

Non, si tu veux savoir, ce n’est pas que de la musique de vieux ! (Rires) Pour citer le slogan d’une émission créée par des amis : « New Wave is alive ». DAGEIST fait surtout le son qui lui plait musicalement parlant, et DAGEIST le fait avec passion.

Pour la petite leçon du jour : quelle définition porte DAGEIST sur tout ce qui est wave, cold wave, EBM et tout le bazar ?

En fait, c’est la même famille : la wave music. Sans entrer dans les détails ni faire un cours d’Histoire, au début des années 80, après la mort du Punk notamment interdit en Angleterre, apparaissent les premiers groupes dits « Post-Punk ». La jeunesse anglaise, pour se réunir et continuer à vivre des concerts, se réunissait dans les caves. D’où le mouvement « Bat Cave », dans lequel se trouvent des groupes comme Alien Sex Fiend ou The Cure, mais surtout Bat Cave rime avec l’apparition du synthétiseur. Et disons que le synthétiseur a amené beaucoup de choses, notamment au niveau des arrangements dans la musique. Certes il y a des différences entre la cold wave, la new wave, la synth wave, l’EBM, mais cela reste similairement la même famille musicale.

Tout le délire autour du noir, de la mélancolie, des chandeliers et du « gothique », c’est pour attirer les adolescents rebelles ou c’est pour les suicidaires ?

Ni l’un ni l’autre ! (Rires) Plus sérieusement, cela représente notre ressenti. Dans DAGEIST, il y a un côté « mouvementé », car la vie rime parfois avec mélancolie. Nous ne sommes pas des personnes tristes, mais nous aimons exprimer cette mélancolie dans nos chants, nos musiques. Ce qui donne des univers assez planants et émotionnels. Mais nous sommes « Geis » parce que nous sommes DAGEIST ! (Rires)

DAGEIST pratique un style, disons le, assez peu commun. De ce fait quel regard DAGEIST peut-il porter sur la scène musicale actuelle, notamment sur celle de notre Région ?

Je dis souvent qu’il y a du talent partout. Le tout est de s’exprimer dans ce que l’on aime faire, que ce soit dans le reggae, le rock, le metal etc. S’agissant de notre propre scène, c’est sûr que nous ne nous bousculons pas dans la Région pour faire le style de musique qui est le notre. Comme DAGEIST est étiqueté dark wave-electro, c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de groupes de ce style musical et qui ont choisi de mettre, comme nous l’avons fait, la basse en avant mais également les arrangements de musique.

Justement pourquoi avoir mis la basse en avant ?

C’est surtout mes influences qui ont parlé ! Parmi les bassistes m’ayant fortement inspirés, il y a notamment Simon Gallup de The Cure et Peter Hook de Joy Division et New Order qui ont vraiment mis la basse en avant.
De même, avancer à deux, sans guitariste ni batteur, est également une singularité chez DAGEIST (Rires).

40, votre premier album est sorti il y a désormais presque deux ans. Comment décrire ce premier album de DAGEIST ?

40 regroupe avant tout les meilleurs morceaux de DAGEIST. Ces morceaux permettent de retrouver l’univers de DAGEIST : une atmosphère assez sombre, mélancolique mais avec un côté « punchy ». Je pense que les personnes se risquant à l’écoute reconnaitront de suite des sonorités des années 80 et des influences dont je te parlais toute à l’heure. 40 essaie de retranscrire tout cela, mais par les notes de DAGEIST.

Comment a-t-il été reçu et qu’a-t-il amené à DAGEIST ?

Au début, l’album a été fait pour faire plaisir à nos familles et nos amis. Nous avons eu la chance que l’album soit passé en radio, notamment chez Sampler & Sans Reproches sur Galaxie Radio. De fil en aiguille, l’album s’est retrouvé sur le bureau d’un label allemand, Danse Macabre pour ne pas le citer. Ce qui a permis que 40 soit distribué partout en Europe. S’en est suivie une tournée en 2017 qui nous a amené notamment en Angleterre (Londres, Birmingham etc.), en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne mais aussi à Paris. Ce qui nous a amené à côtoyer des groupes professionnels comme Trisomie 21, Frozen Autumn, She Past Away etc. 40 est donc une expérience très riche qui nous a permis d’apprendre énormément. D’ailleurs, jamais nous n’aurions pensé à être autant sur les routes cette année. Mais nous avons joué le jeu ! (Rires)

Peu de temps après, Vampire, le successeur de 40, sortait. Pourquoi Vampire, parce que ça mord ?

Ouais, il y a de cela ! (Rires) Le nom « Vampire » nous plaisait bien. Il faut savoir que Vampire est pour nous une sorte de trait d’union. Nous ne voulions pas passer directement d’un album à un autre. Quoi qu’il en soit, nous étions pressés de proposer le titre « Vampire » à notre public, pour cela nous l’avons rapidement intégré au set. Pour la suite, Vampire est un EP avec des titres remixés par des amis, notamment Fatherless Child. Mais Vampire n’est pas uniquement un EP de remixes. Nous avons eu la chance de le sortir au format vinyle. Et pour entrer dans les détails, sur la première face se retrouve le titre « Vampire » travaillé de trois façons différentes tandis que sur la seconde face, il s’agit de titres présents sur 40 et remixés par des amis musiciens.  Quoi qu’il en soit, Vampire est le trait d’union entre 40 et le prochain album, et un trait d’union ça ne mord pas ! (Rires)

Le vinyle, c’était un critère de sortie de cet EP ?

Mais carrément ! C’est pour le côté vintage ! (Rires) A l’époque nous ne pensions pas à cet effet de mode qui fait que le vinyle revient dans les bacs. Si cette mode va durer, je ne sais pas. Mais en tout cas, nous sommes des amoureux du vinyle mais également de la cassette. Quoi qu’il en soit, nous voulions absolument ce support du vinyle pour sortir Vampire.

D’ailleurs, venons-en à la question « gros boulard » du jour. DAGEIST est distribué à Cultura, la FNAC et un peu partout en Europe par le label Danse Macabre. Alors, ça y est DAGEIST c’est « in » ?

Ah ça, j’en sais rien. Mais disons que nous avons énormément de chance ! (Rires) A la vue de la tournée que nous avons pu faire, c’est sûr que nous avons constaté qu’il s’est passé quelque chose autour de notre groupe. Je pense que les gens peuvent sentir toute cette sincérité que nous avons sur scène et envers les personnes se déplaçant nous voir. Pour nous, c’est très important d’avoir un petit mot pour tout le monde, que ce soit avant ou après le concert. Nous prenons notre temps pour nos fans, nous essayons d’être accessibles au maximum. Et on peut dire que les gens nous le rendent bien, nous avons été les premiers étonnés de voir un « Dageist Friends Official » voir le jour sur les réseaux sociaux avec plus de 1000 personnes. Des personnes nous ont demandé s’ils pouvaient le faire, évidemment nous n’avons pas refusé. Ce genre de choses nous fait chaud au cœur, tous ces retours nous font avancer.

Signer sur un label allemand : un rêve de gosse ?

Ouais carrément pour ce qui est de la musique ! (Rires) Après pour parler de labels français, certains n’ont pas voulu nous répondre, d’autres nous ont répondu négativement, ce que je peux tout à fait comprendre vu notre musique, et des derniers ont pris un malin plaisir à nous répondre négativement tout en faisant preuve de méchanceté gratuite. Mais aujourd’hui, nous avons eu notre petite revanche, car nous avons trouvé largement mieux que ces derniers. Je pense très honnêtement que nous n’aurions pu rêver mieux que Danse Macabre qui est une référence en la matière. Alors c’est un peu dingue que ce label nous ait contacté en disant qu’il s’intéressait à nous !

Après la question « gros boulard », la question « bateau » du jour : en live, n’hésitez pas à aller jouer au milieu du public et déambuler ainsi parmi les spectateurs. Pourquoi ?

Plouf, le bateau a coulé ! (Rires) Plus sérieusement, nous aimons partager notre musique. C’est quelque chose qui est venu assez naturellement. Davide a toujours fait ça, et depuis notre premier concert, il a toujours chanté au milieu du public. Et j’ai simplement décidé de l’imiter, de descendre au milieu des gens avec la basse, pour être au plus près des personnes pour ressentir au mieux cette osmose que peut déclencher la musique. Mais bon, après je ne te cache pas que je me suis retrouvé plus d’une fois avec une basse muette et un câble débranché car quelqu’un avait laissé trainé sa chaussure sur ce dernier ! (Rires).

Quoi qu’il en soit, le successeur de 40 est déjà en route. Au jour d’aujourd’hui, que peut-on dire sur celui-ci ?

Tout ce que l’on peut dire actuellement sur le second album est qu’il verra le jour en 2018. En revanche, nous ne sommes pas pressés, nous voulons avant tout faire quelque chose de qualité. D’ailleurs, nous sommes déjà passés sur quelques titres en studio et nous pouvons assurer qu’il y aura des belles surprises. Mais quoi qu’il en soit, c’est du son DAGEIST, c’est sûr et certain ! On retrouve la patte DAGEIST, la basse sera toujours mise en avant, les arrangements également. Ce prochain album va sonner électro tout en restant sombre, mélancolique, Dark. Bref, ce sera du DAGEIST faisant du DAGEIST !

La question la plus importante sur ce prochain album : l’artwork verra encore la présence de la même femme que sur Vampire et 40 ?

Alors là, c’est bien possible ! (Rires) Mais nous ne pouvons pas l’affirmer avec certitude car nous ne nous sommes pas vraiment penché sur la pochette pour l’instant. En revanche, un clip avec un nouveau titre est en préparation, encore un trait d’union entre le premier album et le second. Quoi qu’il en soit Abigaël, pour ne pas la nommer, sera présente dans ce clip. Elle est un peu la muse de DAGEIST depuis le début !

Quel est ton titre préféré de DAGEIST et pourquoi ?

C’est dur, très dur comme question… Forcément tous les titres que nous avons composés sont mes titres préférés. Après, au niveau de la composition, je me suis vraiment éclaté sur la rythmique basse de « No One Is Innocent ». Il y a également « Stereo » un titre assez hachuré mais qui sonne très gothique pour le coup. Je vais m’arrêter là sinon je vais t’en citer de nombreux autres, comme « In My City ». D’ailleurs, quand nous jouons en live ce titre, je pense toujours à notre belle ville de Lille.

Comme tu le disais toute à l’heure, DAGEIST est assez sur les routes. Mais quel souvenir de live a le plus marqué DAGEIST ?

Nous avons eu un super accueil à Paris, de même nous avons connu de superbes conditions techniques et une superbe salle aux Pays-Bas. Mais deux concerts m’ont énormément marqués. Tout d’abord, celui que nous avons fait au mois d’Août à Ratisbonne en Allemagne où nous avons été invités quatre jours, ce qui était vraiment génial. Nous y avons fait de très belles rencontres humaines, notamment avec She Past Away ou des groupes allemands qui étaient présents. La salle était également très belle. Cela nous a aussi permis de découvrir une ville, ce qui était vraiment un bon souvenir.  Ensuite, l’autre concert est celui donné au Coalescaremonium qui est un festival Dark se déroulant à Bruxelles dans une ancienne chapelle. C’était un endroit rempli d’énergie et le festival en lui-même permet de rassembler des passionnés. Ce qui a permis, là encore, de très belles rencontres.

De même quelles scènes ou pays font rêver le groupe ?

Il y a les USA évidemment. D’ailleurs, un peu avec la magie des réseaux sociaux, nous avons des contacts à New-York et Los Angeles, donc nous sommes actuellement entrain d’aborder cette piste. Mais ce qui nous attire réellement ce sont les festivals spécialisés sur le genre en Allemagne, comme Wave Gothic Treffen. L’Aéronef aussi était un rêve, rêve qui va devenir réalité !

Comme tu l’as évoqué, le 24 Novembre, DAGEIST foulera les planches de L’Aéronef en compagnie notamment de Trisomie 21. Alors heureux ?

C’est bien plus que cela, tu n’as pas idée ! (Rires) Nous nous retrouverons sur un plateau en compagnie de deux groupes cultes de la scène française, groupes mythiques qui sont de la région d’ailleurs. Pour la petite histoire, au début de DAGEIST, Davide me faisait part de son rêve de jouer avec Trisomie 21. Alors c’est juste incroyable que, quelques années plus tard, nous allons jouer avec eux. Nous sommes vraiment des fans de Trisomie 21, quand nous réécoutons nos vinyles nous sommes toujours émerveillés. Ils ont osés musicalement des choses, comme déstructurer les rythmiques et ainsi de suite. Ce sont les pères de la cold wave en France et leur nouvel album est monstrueux. Alors le 24 sera une belle date. D’ailleurs, jouer à L’Aéronef était aussi un rêve de gosse ! Nous y avons vu des dizaines de concerts et jamais nous n’aurions imaginé nous retrouver, nous aussi, sur la scène de L’Aéronef. A ce sujet, nous réservons quelques surprises pour cette date…

D’ailleurs, la fin de 2017 et 2018 rimeront avec quoi chez DAGEIST ?

Euh… Un beau sapin de Noël ! (Rires) Plus sérieusement, nous avons la chance de partir à Paris pour faire un live à la télévision. Notre bilan est vite tiré, il est tellement positif ! Et 2018, ne devrait pas changer la donne, nous pouvons d’ore et déjà annoncer qu’en 2018 nous serons présents sur de gros festivals. Ce qui est totalement dingue !

Sur ce, je te laisse le dernier mot. Mais tu connais la tradition de « L’Interview De », tu n’as le droit qu’à un seul mot. Choisis bien…

« Crêpe au Nutella » ! Après, j’ai une magnifique phrase pour conclure tout cela : « Si tu veux le mot de la fin, et bien ce n’est que le début ».

Alors que ce soit avec cette envie de crêpe ou ce postulat pour le moins plein d’espoir, souhaitons aux DAGEIST de continuer à vivre leurs rêves (et accessoirement de représenter les Hauts-de-France en matière de wave). Quoi qu’il en soit, DAGEIST continue de tracer son petit bonhomme de chemin et nous pourrons les retrouver sur les planches de L’Aéronef tout comme dans à peu près n’importe quel pays voisin ou bien au-delà. Pour la fin, imaginons simplement Angela Merkel ou Michael Ballack blablater un truc du genre « archt, ja der geist ist schön, aber DAGEIST ist mehr schön »…

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