INFECTED RAIN, BE UNDER ARMS, UNEXPECTED PARADIGM par Romain Richez

INFECTED RAIN, BE UNDER ARMS, UNEXPECTED PARADIGM

A Lille [59] El Diablo, Mardi 27 Septembre

Par Romain RICHEZ

Quelques jours après une prestation fort remarquée au FemME 2016 (Female Metal Event pour les non initiés), la bande moldave d’INFECTED RAIN emmenée par la sulfureuse Lena Scissorhands s’offrait le public lillois en compagnie des russes de BE UNDER ARMS et des frenchies d’UNEXPECTED PARADIGM. Retour sur une date qu’il ne fallait absolument pas louper…

Ben ouais forcément, quand le Bigboss du Diablo vend une soirée comme étant un tête-à-tête avec « des nanas qu’en ont plus que certains bonhommes » c’est aguicheur et prometteur, alors il n’en fallait pas plus pas moins pour se mettre en route pour le speed-dating rue de Wazemmes… A peine ai-je eu le temps d’arriver sur les lieux du rencard et de voir mon bras se tatouer du mythique tampon « J’en ai rien à foutre », que les deathcoreux bordés à la mélodie d’UNEXPECTED PARADIGM lancèrent les hostilités avec les premières notes d’une des dates les plus symboliques de leur Emancipation Tour…

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Il faut dire que la jeune (mais non moins talentueuse) formation avait la lourde tâche de lancer la valse à trois temps du soir, ce qui n’était pas forcément chose aisée… Et pour l’ouverture du bal triptyque, c’est le titre éponyme de leur récent premier album (« Emancipation ») que le quintet a choisit de faire résonner pour plonger directement la salle dans l’ambiance… Que ce soit en performance live ou sur sa première pépite, la bande des cinq propose un savoureux mélange entre deathcore et mélodie, où la brutalité sonore et l’agressivité instrumentale se voient rythmées par les douces envolées claires mais puissantes de la voix de Céline Bigaillon chargées de répondre aux vocales typées death de son guitariste Vincent Bigaillon.

C’est d’ailleurs aux sons de ce savant nectar auditif qu’UNEXPECTED PARADIGM ne tardera pas à décrocher les premières danses de nuque de la soirée (et notamment celles de leur bassiste), devant une foule se laissant conquérir au fur et à mesure de l’enchainement des accords et autres vagues de riffs ravageurs. Le son du quintet s’inscrivant de suite dans la lignée d’un Epica ou d’un Nightwish ayant rencontré un phénomène coreux à la Unearth ou Suicide Silence bien plus qu’énervé. Une sonorité et un style que les acolytes comptent bien défendre avec ferveur et sueur (devant des buveurs !). Doucement le set trace son petit bonhomme de chemin, les titres s’enchainent (« Shame », « Taking Me Down », « Lies »), Thomas Marasi le forgeron à mi-temps du groupe pilonne toujours sans relâche sa batterie, Florian Zitouni le bassiste à la nuque tournoyante s’occupe toujours de faire voltiger sa chevelure et Alix Guéneau l’autre archer à huit cordes l’imitera rapidement (oui oui, ça joue sans tête de manche mais sur huit cordes !). Pendant que chaque musicien se livre corps et âme pour sa musique, le duo vocal continue d’emmener l’oreille des auditeurs dans un périple entre échanges de couplets et de refrains. D’ailleurs en termes d’osmose et de communion, ce qui caractérise le Diablo c’est surtout la proximité entre les artistes et son public, le parfait exemple de ce postulat trouvera forme à travers le titre « Hate In The Name Of God » finit au sein même d’une foule de plus en plus présente et posant ainsi un terme définitif au premier concert de cet event 100% female fronted metal.

Alors pas de doute là-dessus, UNEXPECTED PARADIGM a bel et bien ouvert la danse de cette soirée dédiée au metal version femina. Mais surtout UNEXPECTED PARADIGM a planté une barre bien haute devant une foule grandissante prenant possession, lentement mais surement, des lieux…

Setlist :
  1. Emancipation
  2. Shame
  3. Taking Me Down
  4. This Fake Romance
  5. Lies
  6. Hate In The Name Of God

A peine le set du quintet (approximativement) lillois fini, les guitares rangées et les amplis débranchés, que les russes de BE UNDER ARMS prennent possession de la scène pour déposer leur attirail. Et rien qu’à la vue de tous les câbles et pédales qui envahissent les planches, ça tape et ça envoi déjà du lourd…

be-under-arms par YAMAKAGETENSHI PRODZ

Alors forcément devant un tel déballage exhibitionniste, la foule s’impatiente tout en se torturant de façon impétueuse devant l’incompréhension du dialecte ruskof… D’où un mystique et désormais mémorable « On comprend rien ! On comprend rien au russe bordel ! » qui surgira du cœur du Diablo… Alors comme pour faire taire les ragots et autres folles rumeurs du pit bouillonnant à petit feu, les moscovites et leur groove metal aux frontières du melodic hardcore s’empressent de venir fouler les planches et de se frotter au public lillois. Et le moins que l’on puisse affirmer, c’est qu’avec un set maitrisé de bout en bout, cette étape fut réussie avec plus que brio pour les représentants de la Mère Patrie. Galvanisant l’antre du démon dès le début de leur prestation entamée par l’énervé « Burn For This » (dont l’anglais en a d’ailleurs rassuré plus d’un, pas de langue de Lénine au programme que de la Shakespearienne…) tout en haranguant la foule pour qu’elle agite ses poings au clairon des incessants et infatigables « Hey ! Hey ! Hey ! » assénés par leur leader Vladimir Nasonov. Pas besoin de faire un dessin pour le reste, les BE UNDER ARMS s’illustrant en dignes conquérants de l’armée rouge enverront les premiers pogos de la soirée dès le début du set, le premier wall of death (ou braveheart pour la vieille école) en milieu de show, et plusieurs circle pit pour fermer les hostilités.

L’énergie c’est fait, alors niveau son, BE UNDER ARMS, c’est deux voix, celle typée hardcore de l’ami Vladimir se voyant rejointe et complétée parfaitement par la voix tantôt clean tantôt agressive d’Anna Logacheva son homologue féminin. Mais BE UNDER ARMS, c’est surtout deux voix en pleine communion avec leur musique, deux voix récitant instinctivement les couplets lancés par leur équivalent. Niveau titres, les russes revoient à peu près l’intégralité de leur jeune discographie (deux albums et à peu près autant d’EP depuis la création du combo en 2013), en mettant davantage en avant leur nouvel album Doomed To Life sorti en mars dernier (« No Place Like Home », « Human Testing », « Kings Of Wasteland »). Mais cherchant bien plus que de la simple promo, les six compères sont là pour semer le chaos et enchainer les attaques, les droites et les coups de pied au cul (« Becoming A Monster », « Renegade Angel »). Et surtout ils profiteront de leur set lillois pour balancer leur nouveau single « Good Soldier – Dead Soldier » comme un uppercut à la foule. On se souviendra également longtemps du slam et de la chevauchée quelque peu suggestive d’un des curieux metalleux (pas tellement chevelu mais surtout moustachu pour la peine…) attiré par les décibels.

Bref, résumons la chose comme un combat d’une impressionnante énergie livré par des Spetsnaz, BE UNDER ARMS s’avérant être une bonne petite claque, à découvrir autant en live que sur disques et putain que ça fait du bien (ou du mal) !

Setlist :
  1. Burn For This
  2. Human Testing
  3. Renegade Angel
  4. Kings Of Wasteland
  5. Good Soldier – Dead Soldier
  6. Becoming A Monster
  7. March Of The Iron Hearts
  8. No Place Like Home
  9. Doomed To Life
  10. Lord Of The Bomb
  11. Take Me To Your Leader

Le court interlude en attendant la tête d’affiche moldave sonnera d’ailleurs comme une trêve bien méritée, et surtout sera le moment rêvé pour profiter pleinement du ballet de caissons, de micros et de câbles en tout genre ou alors tout simplement d’un rafraichissement houblonné… Quoiqu’il en soit, le quintet ne tardera pas à venir pointer le bout de son nez face à un pit déjà bien entamé…

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Pas la peine de les prier ni de leur donner de détails, les INFECTED RAIN ont d’ores et déjà compris leur objectif dans la nuit lilloise : finir d’achever une salle en pleine convulsion, et ce dans un mélange de sueur, de bousculades, de bières renversées et de headbang. Et c’est devant la meute haletante et désireuse d’un El Diablo quasi complet un soir de semaine que les cinq en provenance de Chisinau sonnent leur entrée sur les planches avec la traditionnelle intro « Falling Through Time » avant de balancer leur premier remous de foule avec « Hysterical Watches ». Le ton est donné, les décibels envoyés, et c’est prêt à rocker ! Les neo-metaliens de l’Est paraissent bien déterminés à bouger encore plus leurs fans qu’ont pu le faire leurs prédécesseurs sur scène… Alors les moldaves se donnent les moyens de leurs ambitions et sortent l’artillerie lourde en envoyant, entre autres, les petites pépites énervées ayant fait leur renommée (« Me Against You », « Stop Waiting », « Enslaved By A Dream »), tout en gratifiant également le public lillois de nouvelles compositions (« Serendipity », « Fool The Gravity », « Intoxicating », « Freaky Carnival »). Public qui d’ailleurs ne sera pas en reste, avec une Lena Scissorhands se révélant une frontwoman charismatique extrêmement proche de ses fans, se prêtant au jeu des poses photos, captures vidéos ou autres regards et gestes en direction de ses adorateurs. Comme quoi metal, hurlements et douceur ne sont pas forcément toujours incompatibles…

En tout état de cause, la setlist parlera d’elle-même en causant pas mal de dégâts avec, pendant un peu plus d’une heure, un INFECTED RAIN suivant la voie empruntée par les deux précédents groupes en livrant un show imprimé d’une énergie essoufflante et ficelé d’une maitrise impeccable dans les moindres recoins. Performance mêlant la chorégraphie scénique sautillante du bassiste Vova aux dreadlocks virevoltantes du guitariste Vidick, avec les riffs de son second compère à six cordes (et à casquette) et le martelage de cymbales du démonteur de batterie du groupe. Bref, une bonne petite prestation menée à travers pogos, jumps, déboitages d’épaules et autres joies des fosses (mais toutefois messieurs, et comme l’a si bien rappelé la chanteuse du combo, soyez galants : attention aux dames !). Le tout uni pour plier un El Diablo ayant revêtu, pour la peine, des airs de fournaises dantesques et dont la foule finira sa tentative de survie à genoux attendant sagement sa décapitation par un « Judgemental Trap » final à faire sauter mémé dans les orties…

C’était forcément à prédire, pour la troisième et dernière des dates françaises de son Soaring Tour 2016 (après Lyon et Paris), INFECTED RAIN a foutu un sacré bordel, et comme prévu avec UNEXPECTED PARADIGM et BE UNDER ARMS, cette soirée placée sous le signe de la domination féminine du metal a envoyé du lourd et du gras, alors si t’étais pas là, et ben tant pis pour toi !

Setlist :
  1. Falling Through Time
  2. Hysterical Watches
  3. Me Against You
  4. Stop Waiting
  5. Dancing Alone
  6. Serendipity
  7. Freaky Carnival
  8. Fool The Gravity
  9. Intoxicating
  10. Enslaved By A Dream
  11. Sweet, Sweet Lies
  12. Judgemental Trap

 

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crédit photo: YAMAKAGETENSHI PRODZ

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