GERALDINE KWIK

GERALDINE KWIK

par aSk

Qui va piano va sano. En effet, parfois rien ne sert de courir. GERALDINE KWIK fait partie de ces artistes discrètes et talentueuses de la région qu’il faut aller chercher et prendre le temps de découvrir. Extrait.

Peux-tu nous parler de l’étrange et poétique série musicale « Walking Man » que tu as lancée sur le web en 2016, comment procèdes-tu ?

Géraldine KWIK : J’essaie de tenir le rythme d’un épisode par mois. Cela signifie, écrire, enregistrer, mais aussi rassembler les archives et puis faire le montage. Chaque épisode a pour titre des coordonnées de géolocalisation, qui correspondent aux déplacements du Walking Man, ce personnage invisible, témoin, fantomatique. Cette série est pour moi une façon d’utiliser mon piano comme un crayon de bois, d’être à l’écoute de ma spontanéité, d’explorer à la fois le temps, l’espace, de raconter des histoires.

Au sujet de la version D.A.T.A. en prévision, de quoi s’agit-il ?

« Walking Man D.A.T.A. » est un projet d’installation d’art interactif inspiré de ma série musicale Walking Man. Ce n’est pas tout à fait une version ou une adaptation, mais plutôt une opportunité pour amener le public à se questionner sur son libre arbitre. J’ai toujours eu envie de raconter des histoires. La question qui m’obsède est de savoir si l’histoire se répète. Dans « Walking Man D.A.T.A. », j’invite le public à entrer dans un cube où chacun pourra, à l’aide d’écrans tactiles, assembler des fragments vidéo et sonores qui proviennent de ma série musicale, et raconter son histoire. C’est une vraie expérience, à la fois individuelle et collective. C’est encore au stade de projet et je recherche d’ailleurs des partenaires.

Concernant le titre de la série, à tout hasard, rien à voir avec « Drowning Man » des Cure ?

Non, même si j’aime beaucoup l’album Faith ! J’avais envie de parler de l’errance et d’une certaine solitude d’un homme, devenant observateur des choses qui l’entourent. C’est un migrant qui souhaite s’insérer dans la société, mais comme personne n’y prête attention c’est plutôt une sorte de figure fantomatique, une légende urbaine, un voyageur du temps, qui sait…

Plus globalement, tu te définis comme une musicienne ou une plasticienne (sonore), ou les deux ?

Les deux ! J’aime le son, le bruit, les harmonies, le rythme, la technologie. Mais, je suis aussi attirée par la plastique et l’espace, la peinture, l’architecture. Pour moi, tout est lié. Et quand je veux exprimer ou raconter quelque chose, j’essaie d’utiliser au maximum les moyens à ma disposition, de la façon la plus spontanée. Je ne veux pas me limiter ou séparer les arts. Je repense souvent à une pièce qui avait été jouée à la Rose des vents de The Wooster Group, « House Lights », qui m’inspire beaucoup pour la mise en scène.

Est-ce que quelqu’un comme Kate Bush fait partie de tes influences ? 

Non, elle ne m’influence pas particulièrement dans mon écriture. Je suis plus proche de Satie, Debussy, pour le côté classique, ou de The Cinematic Orchestra pour le côté jazz.

Peux-tu nous parler de ta structure, « Wash Records », et as-tu envie de produire et d’accompagner la création/les projets d’autres artistes ? 

Wash Records était le nom de la première entreprise de Design sonore que j’ai créée (et pour laquelle j’avais reçu un prix à Bercy en 2006), réservée à la musique pour la publicité plutôt qu’à l’artistique. Je continue d’être indépendante aujourd’hui dans ce domaine, mais j’interviens aussi pour des projets de fiction, des jeux vidéo ou des films d’animation.

En ce qui concerne ta participation aux « Nuits des bassins » les 15 et 16 septembre prochains sur Arras via le collectif visuel d’art numérique « Triii », avec lequel tu collabores depuis 2015 pour des concerts immersifs et in situ, est-ce que l’élément « eau » rejaillira en toute logique dans tes compos, peut-on s’attendre à un aspect musique concrète ?

Pour les Nuits des bassins, la bande sonore sera composée à partir du lieu et du thème. Sans parler de musique concrète, le Sound design et les ambiances sonores s’inscrivent souvent dans mes partitions.

Rapproches-tu les versions que tu interprètes live de « Walking Man » de la forme du ciné-concert ?

Les concerts que je souhaite donner de ma série « Walking Man » s’inscrivent dans cette idée de jouer sur scène avec le piano pendant que les images d’archives de la série sont projetées au public. [cf. date aux Piano Days en mars dernier – ndlr]

Et si tu devais faire un ciné-concert à partir d’un film existant, tu commencerais par lequel ?

Ce serait Metropolis de Fritz Lang sans hésitation. Ce film m’a toujours fascinée. C’est un chef d’œuvre d’art total, et aussi sur le rapport que l’homme a avec le temps, la machine et sa propre existence.

[suite p. 44 – ILLICO! #25 / septembre 2017]

www.geraldinekwik.com

www.triii.net

 

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