EXCES NOCTURNE

EXCES NOCTURNE

par aSk

Retour sur ce groupe mythique de la scène post-punk du bassin minier ! Back in the 80’s et entretien avec Richard Horon, qui fut bassiste au sein de cette formation romanesque emmenée par la troublante Ariane (Corine Zimny de son vrai nom). Entre hommage à la belle et témoignage de la scène de cette époque, de premières parties excitantes en réédition-résurrection via le label Infrastition, voici de quoi éclairer notre lanterne…

aSk : Comment est né le groupe ? comment vous êtes-vous rencontrés ?

Richard Horon : Tout a commencé en 1978, mon frère Thierry a rencontré Rémy Lozowski par le biais d’un copain de lycée, et dès la première rencontre, le feu est passé. Il y a eu les répétitions dans le garage du grand-père puis la rencontre d’un bassiste et d’un claviériste. La première mouture d’EXCES NOCTURNE était née. Sortie du 1er 45t, concerts et premiers succès… Puis les choses changent avec le départ du bassiste-chanteur et l’arrivée de Corine, ainsi que la mienne. Corine avait ouvert un bar super branché et alternatif à Lens, le Studio 15, où se côtoyaient tous les jeunes artistes en tous genres et les autres en mal de culture et de renouveau dans une région désœuvrée…

L’arrivée de Corine au chant, une évidence ? et pourquoi “Ariane” en guise de pseudo, rapport au fil, à son jeu de scène (arachnéen-), un rôle à tenir au sein du groupe, était-elle la “relieuse” justement ?… Peux-tu nous parler d’elle en quelques mots ? A-t-elle participé à d’autres projets parallèlement, cultivait-elle d’autres talents ?

La première rencontre avec Corine est un flash. Elle est belle, mystique, lookée mais surtout hyper talentueuse, elle devenait le leader charismatique du groupe. Son aura, son écriture en français, ses poésies vont donner tout le goût et le sens au projet. Et dans la vie c’était aussi une fille fantastique, tellement souriante, généreuse, intelligente, sensible, humaniste. J’ai envie d’insister sur son sourire, car jusqu’au bout il ne l’a pas quitté. Elle développait des projets personnels mais hors musique : de la peinture, de la poésie, de la photo, de la calligraphie. Quant à son pseudo Ariane, je ne saurais dire…

Qui signait les textes/la musique, qui faisait quoi ? ça racontait quoi EXCES NOCTURNE ? 

Majoritairement les titres étaient composés par Rémy, même si j’en ai composé quelques-uns tout de même. Les textes c’était exclusivement Corine. Comment se passer de son talent d’écriture très poétique… C’était souvent des histoires d’amour, comme souvent en chanson. Des maux, des bonheurs, des quêtes, à sa façon… Mon frère Thierry et moi on balançait les arrangements rythmiques.

Sur le plan esthétique, étiez-vous tous d’emblée sur la même longueur d’onde ? Quels groupes vous ont nourri, inspiré, influencé ? vous souciiez-vous des « chapelles » de l’époque ? pas eu la crainte de vous enfermer dans un style justement ?…

On baignait dans du Bauhaus, Japan (avec Mick Karn mon bassiste préféré !), Cocteau Twins, Minimal Compact, Cure, Kas Product et tant d’autres de l’époque, mais aussi des trucs plus rock comme TC Matic, Killing Joke, Bowie, Stranglers et du vieux des 70’s comme Yes, Led Zep, Queen, King Crimson. Mais l’esthétique du groupe était largement inspirée par Corine, ce côté obscur, beau, et nous n’avions pas la crainte de nous enfermer dans un style, on pensait être uniques et c’était un peu vrai car nous ne connaissions pas de groupe new wave qui chantait en français !

Le groupe a-t-il donné beaucoup de concerts ? Des tournées, des dates ou premières parties importantes à signaler ? Hormis votre activité en autoproduction, n’aviez-vous pas été approchés par des labels à l’époque ?

On a fait pas mal de concerts en France et Belgique, quelques ouvertures pour TC MATIC par exemple (dont une date dans une boîte à Billy Montigny dont je ne me souviens pas du nom… je devais avoir 17 ans à l’époque et je ne m’occupais en rien du business ! Alors comment on avait chopé cette date…). Mais la région était tellement désœuvrée à l’époque que culturellement il n’y avait RIEN ! La seule initiative locale fut l’Atelier Régional de Musique à Lens où on a passé des heures en studio la nuit avec Patrice Kubiak (du studio Ka) à enregistrer notre premier album sorti en K7. Jamais un label important n’est venu fouiller dans la région voir si des choses se passaient… Puis on a fait pas mal de compils, à l’époque c’était une bonne façon de diffuser sa musique, des covers aussi…

Que retiens-tu de cette période 80’s ? De quels groupes de la région (et au-delà) étiez-vous proches/potes ?

De cette période et comme dans chaque décennie on voit émerger un nouveau style, de nouvelles tendances, de nouveaux visages et aussi une nouvelle façon de faire de la musique avec l’introduction petit à petit de la technologie numérique et des synthés comme le célèbre Yamaha DX7, ce qui fut à mon sens un carnage pour les groupes de rock qui ont essayé de continuer à faire du rock avec ces moyens-là. Les productions aussi étaient bien pourries avec des reverb immenses sur les drums. Par contre pour les styles issus de ça c’était total dans le goût. Les groupes de l’époque dans le coin c’était BUZZ, Guerre Froide, Bunkerstrasse, et je sais plus c’est trop vieux ! [on retiendra également T21, Killer Ethyl, Neva ou encore WC3, entre autres – ndlr]

Qu’est-ce qui a sonné le glas d’EXCES NOCTURNE finalement ?

Quand mon frère a quitté le groupe, le goût n’était plus le même. On avait perdu un élément déterminant et fondateur. On a continué sans lui… Et quand notre label [New Wave Records – ndlr] a demandé à Corine de monter un groupe autour d’elle (pour bosser sur une commande), elle a pris un bassiste et m’a suggéré de tenir la guitare. Quand Rémy a appris ça, il a quitté le groupe. Alors on a écrit des titres (beaucoup plus rock), enregistré un 45t, eu de la presse et fait un 1er concert au Rex à Paris (avec mon frère Thierry à la batterie). Ça devait être au début des 90’s. Puis tout s’est arrêté aussi vite que c’est arrivé. Les années ont passé, et chacun a tracé sa route…

Puis dans les années 2000, le label INFRASTITION décide de sortir une compilation du groupe (86-06) et inclut le clip du titre «Cauchemars Blafards» dans le DVD RVB – Transfert parmi le fleuron de la scène française indé. de l’époque. C’était enfin une forme de reconnaissance, une façon de légitimer le succès d’estime du passé ? quel état d’esprit à ce moment-là quand Alex (Alexandre Louis, fondateur du label) contacte le groupe ? quel impact ? car il y avait eu reformation derrière, quelques dates et même de nouveaux morceaux…

L’initiative d’INFRASTITION et d’Alex sont dues je pense au fait que le style a perduré et que beaucoup de gens étaient en demande de revoir et de réécouter des groupes de l’époque, comme souvent quand le temps passe… J’étais moi-même étonné de voir à quel point à travers le monde le groupe avait laissé des traces. On n’avait pas des millions de fans mais on en avait de partout ! On a reçu beaucoup de témoignages touchants de Russie, de Colombie, du Canada… Mais quand Alex a contacté Corine (ou Rémy je ne sais plus), le groupe était mort, mais ils ont décidé de refaire un premier concert à deux, et quand Corine m’a appris ça j’avais très envie de rejouer avec elle. On a refait un peu de live à Paris et à l’Aéronef, mais certaines tensions étaient encore présentes… Malgré cela on a gardé le plaisir de faire des choses ensemble et on a remis mon frère Thierry dans le coup – co-fondateur du groupe et batteur, groupe qu’il avait quitté, ou dont il s’était fait viré, selon les versions, pour être remplacé par une boîte à rythmes… Et sans Rémy donc. On a alors refait quelques titres pour le plaisir et quand on nous le demandait, sans réel projet ni perspectives… Bref, cette réédition a résumé la carrière du groupe mais n’a pas remis la machine en route. La vraie aventure EXCES NOCTURNE était passée. Et puis un jour Corine est tombée malade et le combat fut long, admirable, courageux, plein de vie et de sourires. J’espère que d’avoir continué à écrire avec elle l’a propulsée dans des sphères d’insouciance où elle put oublier la tragédie qui se jouait en elle. Je pense à sa fille Blue qui a perdu sa maman et qui semble dotée de la même fibre artistique. Car Corine fut une artiste majeure.

La suite pour toi, en tant que musicien ? Une actualité te concernant ?

Quant à moi depuis EXCES NOCTURNE, j’ai collaboré sur maints projets dont dernièrement avec LENA DELUXE, mais aussi beaucoup bossé avec BRISA ROCHÉ dont je ne saurais trop vous conseiller d’écouter le dernier album Invisible 1.

[suite p. 42 – Illico #23 / juin 2017]

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