BARBARA, vingt ans déjà

BARBARA, vingt ans déjà

par aSk

Entre biographie romancée parue en cette rentrée littéraire (Julie B. Bonnie – Forguette Mi Note, Cornu- qui signe chez Grasset l’admirable Barbara, roman) et exposition exhaustive à la Cité de la Musique (du 13 octobre 2017 au 28 janvier 2018) consacrée à la longue dame brune, retour sur Barbara, le film.

Que dire, sinon que cet objet cinématographique n’est finalement pas tant un hommage à BARBARA qu’une (auto)célébration du talent de Jeanne Balibar, jugée par Mathieu Amalric (et par son personnage) comme apparemment la mieux placée pour incarner l’icône. Dès l’ouverture, tout est dit. Le générique fait danser les lettres, les noms se chevauchent sournoisement (BA-rBARa/BA-liBAR, bienvenus dans le premier biopic oulipien), coïncidence qui somme notre inconscient d’approuver le choix de casting… L’exercice de style qui se voulait pourtant bien pensé joue sur les grosses ficelles de la mise en abyme, et à travers ce tournage qu’on veut nous faire croire en train de se tramer sous nos yeux, tout se passe comme si BARBARA ne constituait qu’un prétexte, une sorte de rôle idéal pour démontrer en long en large et en travers tout le présupposé charme « balibarien » (un peu barbare ça, non), et parfois, eh bien ça ne rime pas à grand-chose, pour ne pas dire… à rien.

C’est qu’on s’y abîme les yeux à ce jeu de cache-cache sans véritable planque, entre chanteuse jamais véritablement retrouvée et indices-polaroïds jetés dans un coin d’écran : alors oui la dame était une chineuse compulsive aimant traîner dans tous les bazars possibles et imaginables, et aussi une dévoreuse de poulet à faire pâlir tous les vegans de la place ; oui, avec l’âge, elle avait le débit-mitraillette à recaler Sagan (un vrai flow qui aurait fait des ravages dans les battles de slam) ; oui Monique tricotait pour toute sa tribu d’amis et de proches telle une Parque infinie, créative jusque dans l’aiguille comme pour mieux faire la nique au temps qui passe ; oui elle avait un super chien dans sa super maison à Précy où elle cuisinait, jardinait, histoire d’apprécier à fond tout ce qui l’entourait, les joies simples d’une vie, les nourritures terrestres essentielles.

Malgré cela, les névroses ont perduré, poisseuses, jusqu’au bout tapies, sourdes, toujours prêtes à ramper le long du fil du téléphone et à bondir en pleine nuit dans le combiné des assistantes dévouées ; oui la féline virile, bien que mangeuse d’hommes, était « accès-soir »-ement en proie à une mordante dépendance affective, une femme-enfant en somme (une vraie Gémeaux quoi) ; oui, l’autisme, le Sida la préoccupaient, et elle allait rencontrer les détenu(e)s et jouer dans les prisons ; oui la voix aura été maltraitée, mal soignée, l’addiction médicamenteuse fatale et finalement tue. Oui BARBARA a permis à Monique Serf – cette enfant juive (pour le coup vraiment cachée) tristement abusée par son père – de s’envoler vers les sommets, mais plus dure aura été la redescente. Son personnage fut complexe, parfois pathétique ; les aléas de toute vie publique à l’excès et d’auto-analyse en direct.

Tenter de la faire revivre par le truchement de la caméra ne pouvait aboutir au fond qu’à un portrait frustrant, voire à une caricature. C’est ce qu’on réalise, perplexe, pendant tout le long du film. Loin de la joyeuse et épique autobiographie – hélas inachevée (Il était un piano noir… Mémoires interrompus)-, récit de vie d’une grande fille débrouillarde option résilience, la légèreté amarrée à un demi-queue, on ne fait que se heurter à l’antipathique parti-pris du présent. BARBARA, un poil barbant ? Entre duel engagé (mais vite expédié), bras de fer au regard velours et jeu de rôle passablement épineux, quitte à fricoter avec les codes fiction/réel pour s’approcher au plus près de ce foutu mythe d’actrice de cinéma (français), on aurait espéré une approche plus radicale, plus osée, plus tranchée, un possible événement côté « film en train de se faire » justement, jusqu’à nous faire oublier pour de bon le vrai sujet. Mais pas facile de faire fi de la grande, de la bavarde et tempétueuse machine à chanter, cette colonne d’air si singulière devenue épine dorsale d’un répertoire musical-monument et désormais élément indispensable de notre mémoire matrimoniale. En clair, il n’y a et n’y aura qu’une et une seule BARBARA, c’est comme ça.

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